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Pourquoi la French Tech accumule les records ?

A l’image de Deezer, qui a levé 160 millions d’euros l’été dernier, les sommes levées par les start-ups françaises sont en progression constante. Engouement justifié ou emballement voué à faire pschit ?

Levées de record en record


Le premier semestre 2018 a démarré fort, très fort. D’après le baromètre semestriel du cabinet de conseil EY, la French Tech atteint un nouveau record de montants levés en capital-risque, avec un total de 1,952 milliard d’euros, pour 333 opérations. Avec un champion : le studio de jeux vidéos mobile Voodoo, et ses 200 millions levés d’un coup. Si la barre symbolique des 3 milliards de dollars a été battue en 2017, toutes les prévisions semblent indiquer que 2018 finira sur une note encore meilleure. De son côté, la Fintech se porte bien avec plus de 200 millions d’euros levés au travers d’une vingtaine d’opérations. Soit plus que sur l’ensemble de l’année 2016 et avec de nouveaux champions, dans tous les domaines Pour ne citer que quelques exemples ? Ledger, qui édite des logiciels de gestion de cryptomonnaie a levé 61 millions d’euros cette année, tandis que l’appli de paiement entre particuliers Lydia a collecté 13 millions en février. De leur côté, Lunchr, une solution de tickets restaurants dématérialisés, a récupéré 11 millions en mai, un million de plus que LaFinBox, un agrégateur de comptes bancaires. Si cette tendance se poursuit, le record de l’an dernier, à savoir 318 millions d’euros levés en 2017, devrait être battu sans problème. Bref, l’argent frais ne manque pas.

 

Taux d’intérêt bas et volonté politique : un cocktail gagnant

Une telle croissance est-elle vouée à s’éteindre sous peu ? Pas nécessairement, la France ne ferait en fait que rattraper son retard sur des pays comme le Royaume-Uni ou les États-Unis. Reste à voir si la politique de taux de crédits avantageux, premier facteur de ce rythme de croissance exceptionnel, va perdurer – et que la survalorisation de certaines start-ups ne finisse pas par refroidir certains investisseurs. Mais de nombreux facteurs extra financiers viennent conforter la dynamique de la « Start-up nation » tels que le lancement à Paris de « Station F », le plus grand campus de start-ups au monde ainsi qu’une volonté gouvernementale réaffirmée de soutenir cette nouvelle vague d’entrepreneurs. Autre exemple de cet attrait grandissant pour l’innovation « made in France » ? L’investissement des groupes internationaux dans l’Hexagone, GAFA en tête. Pour ne citer qu’un exemple, Google vient d’inaugurer en septembre son centre de recherche pour l’Intelligence Artificielle (IA) en plein cœur de Paris.

 

Cap vers les marchés mondiaux
A l’international, La French Tech détone. Elle se distingue de ses concurrents par un grand nombre d’opérations à petits montants (moins de 5 millions d’euros) et peu de super-levées (seulement deux supérieures à 100 millions d’euros contre 3 en Allemagne et 5 pour le Royaume-Uni). Autre constat : seulement 5 véritables licornes tricolores, valorisées à plus d’un milliard d’euros, ont émergé (Criteo, Vente-privée.com, BlaBlaCar, OVH et le petit dernier Deezer) contre 57 en Europe, dont 22 au Royaume-Uni et 7 en Allemagne. Cechiffre pourrait inquiéter mais ne remet pas en question le foisonnement de l’entreprenariat français, engagé sur des sujets d’avenir tels que l’intelligence artificielle (IA), les deep tech, l’IOT… ou encore la Fintech.D’autant que le marché s’autorégule : seuls les projets viables passent le cap des premières années pour s’établir de façon pérenne.


Pour ne rien gâcher, la marque « French Tech », promue par le gouvernement, aide à valoriser le savoir-faire français à l’étranger. Un seul exemple ? En janvier dernier, la France avait constitué la troisième délégation à l’édition 2018 du Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas avec 365 entreprises, collectivités et organisations derrière les États-Unis et la Chine. La deuxième en termes de start-ups avec 274 exposées à l’Eureka park. Une belle publicité pour l’Hexagone.

Le crowdlending, une opportunité de notoriété ?

Avec un marché en progression de +26% en septembre 2018, le crowdlending est en pleine expansion en France. S’il est avant tout une alternative au crédit traditionnel, le crowdlending a un autre avantage, moins évident, pour le souscripteur : faire parler de lui et de ses projets ! Démonstration.

Le crowdlending a le vent en poupe

Plus accessible qu’un prêt classique en banque mais aussi plus rentable, avec destaux de rendements moyens pouvant aller jusqu’à 13%,le crowdlending est attractif. En 2017, ce mode de financement a représenté 336 millions d’euros en France (+44 % par rapport à 2016)soit plus de 24 000 projets rendus possibles. Depuis le décret d’octobre 2014, des centaines d’investisseurs particuliers peuvent maintenant répondre à l’appel…  « Le crowdlending nous permet d’aller toucher des particuliers qui veulent avoir un impact sur l’économie réelle et locale. En investissant dans notre opération, ils savent qu’ils contribuent au maintien de l’emploi et de l’activité d’une société historique. Il y a donc une dimension humaine très forte. »,témoigne Emmanuel Feltin. Le serial entrepreneur a fait appel à la plateforme de financement ClubFunding pour l’acquisition d’une nouvelle entreprise début 2016.

Une communication très en amont


Mais si le crowdlending s’avère nécessaire pour le financement d’un projet, il a également des effets « secondaires » fortement désirables et plus insoupçonnées : il permet au souscripteur de bénéficier d’un surcroit de notoriété, en amont comme en aval de l’opération. Déjà, dès la validation du projet, l’entreprise est mise en relation avec le réseau de la plateforme de financement qui communique sur le potentiel du projet auprès de sa base d’investisseurs. Un atout considérable pour les petites structures. Et les canaux de communication se multiplient en amont de l’opération : annoncer le lancement du projet, transmettre les informations clés aux journalistes, activer les réseaux sociaux, engager une campagne de marketing direct… Des réflexes simples qui s’intensifient pendant la levée de fonds. Une fois l’opération finalisée, tout reste encore à faire pour entretenir le réseau notamment en informant de la progression du projet.

Crédibiliser un projet et renforcer son image par l’innovation


Fiabilité, rigueur, la communication du projet en crowdlendingdoit être rassurante pour les investisseurs potentiels. Sa viabilité est passée au crible par les experts de la plateforme. Pour une PME, c’est l’opportunité de crédibiliser son projet : politique depricing, taux de rendement, durée de recouvrement du prêt, etc. Plus le message sera clair, plus il sera percutant auprès des investisseurs. Encore faut-il comprendre les raisons qui motivent un particulier à recourir au crowdlending. Selon une étude sur la notoriété de la finance participative réalisée par le cabinet GMV, le fait de « choisir des causes qui leur tiennent à cœur » et de « s’impliquer localement dans un projet de leur territoire » sont les deux premiers motifs invoqués par les Français pour devenir contributeur. La confiance constitue un des fils rouges de la communication, mais il n’est pas le seul : le crowdlending étant encore un mode de financement innovant, une opération bien bouclée suscite généralement l’intérêt des journalistes spécialisés. Autant de retombées presse « gratuites » !

L’Occitanie, l’autre berceau de la French Tech

Dans le paysage de la French Tech, Toulouse s’impose comme l’autre capitale surprise de l’innovation. Les chiffres sont formels : la région Occitanie occupe la deuxième position française pour les créations de startups. 60 d’entre elles étaient même représentées en janvier dernier, au Consumer Electronics Show (CES). Décryptage d’un dynamisme insoupçonné.

Le boom occitan de la création de PME innovantes et des levées de fonds

Il fut un temps où Toulouse vivait principalement dans le sillage du Groupe Airbus. Mais ce temps est révolu : la French Tech a trouvé ici une région d’accueil importante, à l’image du succès grandissant de « La Mêlée Numérique », sorte de VivaTech toulousain devenue une référence nationale pour l’écosystème start-ups français et européen. Les chiffres ne mentent pas : l’Occitanie, issue de la fusion entre le Languedoc-Roussillon et les Midi-Pyrénées, est la deuxième région de France en matière de créations de start-ups. Autre signe tangible du boum régional ? L’internationalisation des entreprises. Pramex International et la Banque Populaire ont publié le baromètre 2018 des implantations des startups, PME et ETI françaises à l’étranger. Verdict ? L’Occitanie s’impose au 3èmerang national. Enfin, dernier indicateur tangible : les levées de fonds. Le financement total levée par les start-ups occitanes a cru de 12% au premier semestre 2018, pour atteindre 65 millions d’euros, avec une hausse du ticket moyen de 11%. Un chiffre d’autant plus intéressant que la région s’ouvre aux financements innovants. ClubFunding y a ainsi financé plusieurs projets, dont une levée record de 2,2 millions émise pour la foncière basée à Toulouse, le groupe Thierry Oldak.

 

Un écosystème de start-ups bouillonnant

Pour ne rien gâcher, ce dynamisme entrepreneurial se diffuse partout sur le territoire. Tarbes a vu éclore un réseau thématique dédié à la mobilité et à la clean tech. Montpellier prend du galon en termes de montants de fonds levés et s’affirme comme un hub influent dans le secteur des biotechs. Perpignans’est jumelée à Madrid et Barcelone via des programmes d’échanges de jeunes pousses.

Mais c’est à Toulouse que l’on retrouve les initiatives les plus prometteuses. Trois entreprises de la métropole ont ainsi décroché la labellisation Pass FrenchTech, gage d’innovation et d’hyper croissance: Delair (fabricant de drones professionnels), Innersense (3D et réalité augmentée appliquées au secteur de l’ameublement) et SuniBrain (solutions de refroidissement photovoltaïque). Pour ne rien gâcher, en banlieue sud de Toulouse, à Labège, un noyau de start-ups spécialisées dans les objets connectés s’est fédérée au sein d’une communauté d’entreprises, l’IoT Valley, portée par le succès planétaire de Sigfox, spécialiste des réseaux de communication de l’internet des objets.

 

Un soutien institutionnel important

A l’image de l’IoT Valley, le dynamisme occitan se remarque notamment dans la création de clusters efficaces : FrenchSouthDigital ou DigitalPlace fédèrent les entreprises du numérique et favorisent les synergies entre grands groupes, start-ups et partenaires institutionnels.Si les entrepreneurs portent le développement économique, les pouvoirs publics locaux sont également à la manœuvre. Le conseil régional mène ainsi une politique d’accélération franche pour soutenir la FrenchTech locale. « Nous voulons apporter toujours plus de moyens aux porteurs de projets pour qu’ils testent, concrétisent et donne du souffle à leurs idées qui se traduiront demain en emplois », estime Carole Delga, présidente de la région Occitanie. Son équipe a notamment entrepris des démarches de simplification administrative pour accompagner les entreprises dans leur demandes de subventions et déployé un programme de formation au numérique dans plusieurs villes moyennes de la région.

Le volontarisme de la région se concrétise très efficacement dans le « Parcours Start’Oc », un dispositif d’accompagnement conçu pour favoriser l’amorçage et l’accélération de jeunes startups. Deux nouveaux lieux d’innovation devraient d’ailleurs ouvrir leurs portes prochainement : la Cité de l’économie de demain à Montpellier en 2019 et La Cité des startups, à Toulouse, en 2020, qui hébergera l’incubateur régional, le Nubbo, et son accélérateur.