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Fintech : vers une plus grande harmonisation internationale ?

Les levées de fonds des fintechs atteignent près de 40 milliards de dollars dans le monde. Dans ce contexte, une plus grande régulation internationale sur la gestion des données, du cadre réglementaire ou de la cybersécurité pourrait être souhaitable. Un appel à la coopération a été passé en ce sens à l’occasion du Paris Fintech Forum les 29 et 30 janvier derniers.

Forum Paris Fintech

Construire une législation commune

Rien qu’au niveau européen, la concurrence fait rage : infrastructures, fiscalité allégée, cadre réglementaire favorable, certains membres de l’UE n’hésitent pas à faire valoir des conditions préférentielles pour attirer les fintechs sur leur territoire. On peut ainsi citer le Luxembourg, l’Irlande, Malte, Chypre et plus récemment la Lituanie, qui est parvenue à convaincre Revolut, la première licorne des néobanques européenne, de déposer sa demande d’agrément.

Lors du Paris Fintech Forum le 29 janvier 2019, le directeur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, a appelé à une plus grande coopération internationale. Un discours appuyé par la directrice générale du Fonds Monétaire International (FMI), Christine Lagarde.

Logique : en octobre 2018, le FMI et le Groupe de la Banque mondiale s’étaient déjà emparés de la question avec la publication de « leur Bali Fintech Agenda ». L’objectif était clair : émettre des recommandations pour mieux encadrer les fintechs et créer une croissance stable dans le monde. Parmi la douzaine de conseils énoncés, on retient notamment l’encouragement de « la coopération internationale et l’échange d’informations » ainsi que le renforcement de « la surveillance collective du système monétaire et financier international ». Des appels qui restent encore à concrétiser.

Partager la donnée dans les règles

La gestion des données est un autre domaine qui pourrait bénéficier d’une harmonisation internationale. L’Europe est précurseur dans le domaine avec l’entrée en vigueur en 2018 du Règlement général sur la protection des données personnelles (RGDP) en faveur d’une plus grande transparence des banques dans le traitement des informations personnelles de leurs clients. La nouvelle Directive des Services de Paiements (DSP2) a également rendu obligatoire l’authentification forte des paiements en ligne sur le territoire européen.

Par ailleurs, le Parlement européen et le Conseil Européen ont adopté un nouveau règlement en novembre dernier portant sur la libre circulation des données dites « non-personnelles » entre les pays membres. L’objectif derrière ce projet ambitieux est de favoriser l’innovation en créant un « espace Schengen » de la donnée anonyme. Une plus vaste base de données pourra notamment stimuler le développer des technologies de pointe comme l’internet des objets (IoT) et de l’intelligence artificielle. Des perspectives prometteuses ! Selon un rapport de l’International data corporation publié en 2017, la libre circulation de ce type de données pourrait faire croître de 4% le PIB de l’UE d’ici 2020 soit un gain d’environ 739 milliards d’euros. L’application du texte est prévue dans l’ensemble des pays membres pour avril 2019.

Mieux prévenir les cyberattaques 

Enfin, s’il y a un sujet sur lequel le manque de concertation, sinon d’une législation commune, fait défaut, c’est la cybersécurité. Selon la Commission Européenne, 80% des entreprises européennes sont victimes de cyberattaques (blocage, vol de données ou encore interruption des services). Le coût de cette cyber-malveillance a été évalué à l’échelle mondiale à environ 600 milliards de dollars (+ 34% sur les deux dernières années).

En France, plusieurs études convergent pour affirmer une escalade du nombre d’attaques : selon une étude de l’éditeur Carbon Black 94% des organisations françaises estiment avoir été victimes d’une violation de leurs données en 2018. 91% considèrent que les attaques sont de plus en plus sophistiquées. Une proposition de loi a été déposée le 20 février 2019 à l’Assemblée nationale pour renforcer la sécurité et le contrôle des équipements de réseau mobile en vue du déploiement de la 5G.

Or justement, la France qui préside le G7 en 2019, a mis le sujet au programme du forum des 7 plus grandes économies du monde, qui se tiendra à Biarritz du 24 au 26 août prochain. Le numérique figure parmi les priorités portées à l’attention des membres au travers de la cybersécurité, de la concurrence, de la fiscalité et de son impact sur l’emploi. Autant d’enjeux à suivre de près pour la Fintech.

2018 : l’année de tous les records pour le crowdfunding

Avec une croissance de 20% en 2018, la finance participative s’impose toujours plus dans le paysage économique français. Une performance portée par l’excellente santé du crowdfunding immobilier.

Nouveau record battu en 2018

Les chiffres donnent le sourire. En 2018, le financement participatif a enregistré plus de 402 millions d’euros collectés, avec une croissance à deux chiffres (+20%) par rapport à 2017. 33 381 projets ont vu le jour soit 9 255 projets de plus que l’an dernier. C’est ce qu’établit ainsi le baromètre 2018 du cabinet KPMG et de l’association Financement Participatif France (FPF). Entre le premier baromètre publié en 2013 et celui de 2018, la collecte de fonds auprès des particuliers par les plateformes a d’ailleurs été multipliée par plus de onze !

Si cette croissance à deux chiffres indique l’arrivée à maturité du crowdfunding, elle confirme également sa place sur le marché. Il trouve notamment un relai de croissance au travers du financement participatif par prêts (crowdlending), en hausse de 40% sur l’année.

La finance alternative a le vent en poupe

Plus largement, cette bonne santé du crowdfunding s’inscrit dans un climat favorable au développement de la finance alternative. Prise dans sa globalité, elle affiche une croissance exceptionnelle de 39% entre l’année 2017 et 2018. Soit 1,4 milliard d’euros de fonds collectés en 2018. Depuis 2015, les montants collectés ont été multipliés par quatre. Surtout, ils progressent bien sur les segments B2B. Sur l’année, près d’un projet sur deux a été porté par une entreprise (en hausse de 32% !), dont 72% de TPE/PME et ETI. Une belle dynamique pour le tissu économique français.

« L’arrivée des acteurs du financement alternatif sur le marché́ depuis quelques années donne lieu à une vraie création de valeur, note le cabinet KPMG, ils apportent plus d’innovation et proposent de nouveaux produits et business models, de plus en plus adoptés par les particuliers et les entreprises. » Ces modèles de financement, présentés dans l’étude comme « hydrides », s’appuient sur le développement de plateformes et la création de nouveaux outils de financement.

L’immobilier : de plus en plus attractif

Et parmi les secteurs où la finance alternative se trouve la plus dynamique, c’est l’immobilier qui arrive en tête avec 209 millions d’euros collectés en 2018. Loin devant le financement des commerces et des services, en deuxième position, avec 124 millions d’euros collectés. Une tendance qui se confirme dans le crowdfunding. Si l’immobilier représentait déjà 42% des levées en financement participatif en 2017, il approche quasiment les 50% cette année. D’après le baromètre annuel 2018 du crowdfunding immobilier en France réalisé par Hellocrowdfunding, 185 millions d’euros ont été investis sur des projets immobiliers sur les plateformes, sur les 402 millions du crowdfunding. Avec une croissance spectaculaire de 83%, ce nouveau record de levée a permis de financer 383 projets. Sans pour autant voir le rendement moyen baisser : il avoisine les 9% sur l’année. Plutôt séduisant pour les investisseurs, d’autant que les montants remboursés ne cessent d’augmenter. Ils ont atteint 55 millions d’euros 2018, contre 29 millions en 2017. Du rendement et de la confiance ? Une bonne dynamique est enclenchée.

Après une année 2018 record pour les fintech, 2019 offre de belles perspectives

Les start-up de la finance française ont levé près 365 millions d’euros l’an dernier, battant leur précédent record de 2017. Cette bonne santé devrait se confirmer en 2019 grâce au développement des structures françaises spécialisées dans la blockchain ou l’IA.

Plus d’investissements et plus d’opérations !

Plusieurs marqueurs témoignent de la progression du secteur de la fintech en 2018 : non seulement le montant total des levées de fonds a augmenté de 15%, mais ce nouveau s’accompagne d’un plus grand nombre d’opérations (72 en 2018 contre 61 en 2017). Une tendance qui se confirme dans le temps : avec 365 millions d’euros levés en 2018, c’est trois fois plus qu’en 2015 (135 millions d’euros). Les 5 millions d’euros levés par les fintech en 2010 paraissent aujourd’hui bien dérisoires !

De « grosses » levées, mais toujours pas de licornes

4 opérations ont performé à plus de 20 millions d’euros, comme le spécialiste de la sécurisation des cryptomonnaies Ledger (61 millions d’euros), October (ex-Lendix avec 32 millions), Alan (23 millions) et Qonto (20 millions). Malgré tout, le secteur n’a toujours pas réussi à faire émerger de véritables licornes capables de tirer tout le monde vers le haut : on est encore loin des 250 millions levés en 2018 par le britannique Revolut ! D’ailleurs, globalement, le ticket moyen reste inférieur à ceux pratiqués dans d’autres pays européens. Pour 2018, il diminue même légèrement en France : 5,1 millions d’euros par opération, versus 5,2 millions l’année précédente. 50 projets ont ainsi levé jusqu’à 3 millions d’euros.

2019 : ouverture à l’international et nouvelles technologies

La dynamique de créations actuelle s’accompagne d’une volonté d’ouverture à l’international : 52% des fintech françaises développent des activités en Europe et à l’international et 70% visent une implantation d’ici 2019. Et si le secteur a longtemps tiré son épingle du jeu avec les paiements (32% des investissements) ou le financement (21%), on a assisté en 2018 au développement importants des start-ups spécialisées sur la blockchain (19% des investissements), l’assurtech (12%) et la regtech (6%).

Ces changements en profondeur devraient se confirmer en 2019, selon Alain Clot, Président de France Fintech. Si les consommateurs sont particulièrement friands des produits fintechs, les effets de taille vont également jouer un rôle essentiel pour consolider le marché avec de nouveaux leaders comme Younited Credit, Ledger ou Lydia. Il souligne également que les modèles de plateforme de services tendent à devenir plus complets en s’appuyant sur l’intelligence artificielle, la blockchain ou l’internet des objets. De quoi augurer du meilleur, si la conjoncture reste la même.