La licorne : un horizon de développement stable pour les startups ?

Avec 18 entreprises valorisées à plus de 6 milliards de dollars et 122 entre 1 et 3 milliards, le club des « licornes » est aujourd’hui pour de nombreuses startups un objectif à atteindre. Retour sur ce phénomène en mutation.

Un ticket d’entrée à un milliard

Si la Silicon Valley est le terrain de jeu favori des licornes, celles-ci tendent à galoper de plus en plus loin. En 2013, la spécialiste étasunienne en capital-risque Aileen Lee fait constat : moins de 0,1% des entreprises dans lesquelles investissent les fonds de capital-risque atteignent une valorisation supérieure à 1 milliard de dollars. Les licornes ont cette singularité d’atteindre une impressionnante valorisation sans être cotées en bourse. De quoi relever de la rareté, du rêve, mais aussi de l’aventure, au bon terme de l’univers des startups et des nouvelles technologies.

Rapidement, la rareté de ces entreprises a cependant relevé d’une relativité certaine. Début décembre 2014, 54 membres appartenaient à ce club restreint. L’année suivante, le chiffre s’élevait à 140 selon Fortune. Néanmoins, le ralentissement s’est récemment fait sentir avec une estimation, par Wall Street Journal et le Dow Jones Venture Score de 154 licornes en 2017.

Parmi elles, beaucoup sont étasuniennes. En première ligne, Uber, valorisés à quelques 68 milliards de dollars au premier semestre 2017. D’autres noms familiers habitent ce groupe : Dropbox, Snapchat, SpaceX ou encore AirBnb et ses 31 milliards de dollars de valorisation. Dans le secteur du crowdfunding, la pionnière étasunienne LendingClub affiche une valorisation à 4,7 milliards de dollars.

Le développement des licornes tricolores

Au total, en mars 2017, 91 licornes étaient étasuniennes, 44 asiatiques, une canadienne, une israélienne et une nigériane. Si 2 seulement étaient européennes en 2014, elles sont aujourd’hui 16. Cette augmentation est à intégrer dans l’objectif affiché de l’Union européenne de créer un marché unique européen du numérique, terrain idéal pour des licornes en devenir.

Côté français, deux startups sont à recenser dans ce club restreint. L’historique, la lilloise spécialisée dans le cloud OVH, ainsi que le géant du covoiturage Blablacar valorisé à 1,6 milliard de dollars. La plateforme Tech Tour publiait en février dernier son classement des « 50 futures licornes européennes ». Si dans le domaine, la palme revient au Royaume-Uni et à l’Allemagne, la France semble en plein essor.

Sept startups tricolores remportent les faveurs du jury de la plateforme parmi lesquelles Devialet, Actility, Sigfox, Scality, Crocus Technology ou Amplitude. Ces entreprises répondent avant tout à des besoins BtoB et s’inscrivent dans les domaines du Big Data, de l’Internet, de la sécurité et des objets, ce qui représente un avantage considérable pour le marché européen.

« Créer un nouveau modèle de startup »

Néanmoins, certains acteurs du secteur commencent à relativiser l’engouement face aux licornes. Une étude réalisée par deux chercheuses des universités de Stanford et de Colombie britannique estime que la valorisation d’une licorne sur deux serait inférieur à 1 milliard de dollars. En effet, les calculs de valorisation ont tendance à appliquer une même valeur à l’intégralité des actions, alors que celles émises au premier ou au dernier tout de table diffèrent. Dans le but d’attirer d’importants investisseurs, certaines startups accordent des garanties avec un prix minimum de sortie avant une éventuelle entrée en bourse ou un rachat. Elon Musk, le célèbre dirigeant de SpaceX a pu avoir recours à ce mécanisme, sur-valorisant son entreprise de 64%. DropBox est estimée sur-valorisée de 21%, contre 5% pour Snapchat. Uber ou AirBnb ont eu, pour la part, la volonté de retarder l’entrée en bourse ou la revente de leur structure dans le but de maximiser leur valorisation.

Face à ce risque de bulle grandissant, d’autres entreprises bien moins mythiques viennent côtoyer les licornes. Deux étasuniennes, Mara Zepeda et Jennifer Brandel ont pu développer l’idée du zèbre : noires et blanches, elles sont rentables et affichent un impact positif sur la société. Elles représentent une alternative aux fonds de capital-risque et ne cherchent pas à dépasser le milliard de dollars de valorisation.

Créateur d’un fonds dédié au développement de startups, Bryce Robert a ainsi pu déclarer vouloir « créer un nouveau modèle où une startup sera récompensée pour avoir monté une entreprise rentable », ayant contribué selon lui à handicaper « toute une génération d’entrepreneurs en leur disant qu’ils avaient besoin de lever des fonds pour grossir. »